Quelques conseils et impressions à propos de l'examen d'accès aux écoles d'avocat

On me pose pas mal de questions relatives à l'examen d'accès aux écoles d'avocat en ce moment. Je mets donc ici quelques informations un peu en vrac sur mon expérience. Les lignes qui vont suivre font l'état des choses telles que je les ai vécues : ce qui suit est donc très subjectif. Je ne vous garantie en rien que de mon expérience on puisse tirer des conclusions fiables : d'autres personnes pourront vous transmettre des retours totalement différents du miens.

En outre, rien ne dit que l'état des choses était valable autrefois (ou le sera à l'avenir), ni ne peut être valable dans d'autres endroits en France que là où j'ai pu passer l'examen (soit respectivement à Rennes en 2006 et Nantes en 2007).

Autour de l'examen

L'inscription à l'examen

Je n'avais pas vraiment élaboré de stratégie (en fait j'ai eu pas mal de chance dans mes choix) mais vu il me semble nécessaire de ne pas se tromper dans ses choix lors de l'inscription à l'examen. Si on veut mettre en place une « stratégie » efficace, il faut :

  • Regarder dans quel l'IEJ on s'inscrit. Selon les IEJ le taux de réussite est vraiment, vraiment très différent. Officieusement, cela s'expliquerait pas la présence d'espèces de quotas, qui font de cet examen un concours. Officiellement, ce type de quota n'existe pas. Néanmoins, je pense qu'un certain nombre de facteurs peuvent jouer, lié
    • à la volonté de l'IEJ :
      • de donner des cours d'actualisation de qualité
      • de maintenir l'examen d'entrée dans l'établissement
    • aux besoins démographiques locaux
  • Aux options choisies :
    • les matières à option ont des programmes très variables les unes les autres1)
    • le type d'épreuve ne sera pas forcément le même selon la matière choisie2)

Ces différents paramètres font que l'examen devient plus ou moins dur. À mon avis, certaines matières dont le programme est très long deviennent un vrai suicide si on est pas spécialiste de la matière (je pense au droit administratif par exemple). Par ailleurs, un commentaire d'arrêt ne permet pas de « monter » très haut dans la notation (un bon commentaire permet d'avoir 12 ou 13/20), ce qui n'est pas le cas avec un cas pratique ou une dissertation.

Les IEJ

À Rennes, je me souviens que toutes les épreuves étaient, hormis la note de synthèse, toutes des commentaires d'arrêt. Cela fait qu'au final, la validation de l'examen se fait sur le fil du rasoir. (la plupart du temps, un commentaire d'arrêt permet d'avoir entre 8 et 12/20 mais rarement plus ou rarement moins … ce qui est beaucoup moins vrai pour une dissertation ou un cas pratique)

Ce qui est scandaleux c'est qu'au regard du type d'épreuve, certaines spécialités disposent d'un vrai avantage. Pour rester sur l'exemple de l'IEJ de Rennes, toutes les épreuves liées au droit des affaires (droit fiscal, droit commercial…) ont un cas pratique. L'examen devient par conséquent plus facile à valider de par la nature de l'épreuve subie. Or, l'université de Rennes 1 a décidé de développer lors de la mise en place du LMD ces filières. Ce n'est que très probablement qu'une simple coïncidence, mais qui arrange bien les choses facilitant la « mise sur le marché » des nouveaux (et, pour la majorité très bons) diplômés.

À Nantes, l'examen est d'un niveau identique mais beaucoup plus de matière à option permettent de subir une épreuve du type cas pratique ou dissertation (ce qui a été mon cas en procédure civil et en droit des biens). Cela permet donc de gagner de nombreux points pour attendre la moyenne, nécessaire au passage aux épreuves d'admissibilité.

Une prépa ?

En ce qui me concerne, je n'ai pas du tout souhaité faire de prépa (pour des raisons essentiellement d'ordre « politiques » mais je ne vais pas m'étendre là dessus).

Par conséquent, je ne peux pas avoir d'avis sur l'aspect « pratique » des écoles préparatoires. Je ne sais pas si elles jouent beaucoup dans la réussite à l'examen.

Cela étant, et bien qu'un très grand nombre d'étudiants qui, étant passés par là, réussissent l'examen, je me dis que ceux qui passent par ce type de formation sont aussi beaucoup plus motivés que l'étudiant lambda. Cela contribue donc à fausser des statistiques, facilement «\ bidonnables » qui plus est.

En tous cas, un des échos que j'ai eu (mais pas du tout vérifié), c'est qu'en plus de la formation procurée, les prépa sont également un lieu de socialisation. Je suis moyennement convaincu mais ces formations permettent de connaître nombre de ses futurs confrères et donc commencer à construire un « réseau ». Ouais bon, peut-être mais c'est un peu con de commencer à s'apercevoir que d'autres gens existent autour de soit quand ça fait au minimum quatre ans qu'on est à la fac …

Plus sérieusement, ce qui me choque plus fondamentalement, et en dehors même de la question du coût des prépa, c'est une question relative à la capacité des étudiants à travailler de façon autonome. En effet, comment se fait-il qu'après plusieurs années de formation, pour la plupart à l'université, les étudiants aient aussi massivement besoin d'une école préparatoire ?

Les réponses sont sans doute aussi multiples que le nombre d'étudiants à s'y inscrire. De la pression sociale (réussir à tout prix un examen) à la volonté consommatrice (avoir un truc tout cuit à réviser sans se casser le cul pendant plusieurs semaines à aller à la bu pour finalement trouver des pages arrachées …), je me demande si un élément de fond, très gênant pour les universités, n'est pas perceptible en trame de fond. Ces dernières sont-elles capables de donner les clefs permettant aux étudiants d'en sortir autonome ?

Malheureusement, j'en suis de moins en moins convaincu (mais je ne pense pas pour autant que c'était mieux avant, loin de là…).

L'examen proprement dit

Les écrits

  • difficulté n°1 : gérer son temps
  • difficulté n°2 : choisir ses matières (cf ce qui est dit précédemment)
  • difficulté n°3 : rester motivé ! :-)

Les oraux

Bon, je vais pas trop m'étendre là dessus. Sauf gros craquage (arriver en survet' à l'exam' et ne vraiment rien connaître), les oraux sont beaucoup moins difficiles que les écrits.

Si vous le pouvez, il peut être utile d'obtenir les dispenses pour les petits oraux … (le temps joue en défaveur du candidat, et il me semble difficile d'arriver au point dans toutes les matières …). Si vous ne pouvez pas bénéficier des dispenses, n'hésitez pas à vous inscrire dans les matières en question (personne ne vous interdit de vous inscrire dans un diplôme et d'utiliser les options libres de ce diplôme pour passer les finances publiques par exemple)

Seule l'épreuve dite du « grand oral » est assez délicate. Peu de candidats sont habitués à une telle épreuve, particulièrement déstabilisante. Le seul « truc » à la limite, c'est de voir quelle est la composition du jury. Il n'est pas inutile de regarder quelles est leur spécialité (le sujet de la thèse, des thématiques de recherche et les enseignements dispensés, sont toujours des informations bonnes à connaître …).

Cet examen est-il un véritable examen d'aptitude ?

J'espère me tromper mais plus j'approfondis la question, plus je m'interroge sur la qualité « d'examen d'aptitude ». Comment se fait-il que d'une année sur l'autre le nombre de reçus reste grosso-modo le même alors que le nombre d'inscrit est très variable d'une année à l'autre ? Bref, principalement pour deux raisons, je crois que le terme est, en pratique, mensonger :

  • la vérification superficielle de l'aptitude

En réalité, le niveau exigé des candidats satisfait à l'aptitude pour accéder à l'école. On arrive tout de même au minimum à la maîtrise. Non pas que tous les étudiants ayant validé une maîtrise en droit soient très brillants, loin de là mais tout de même, si on suit le parcours classique à l'université, arrivé en maîtrise, voir en Master 2 pour la plupart des candidats, on limite tout de même assez considérablement les erreurs potentielles de recrutement …

En outre, les épreuves restent très théoriques (sans doute parce qu'elles sont préparées par des universitaires). L'examen n'est absolument pas pratique (ce qui est tout de même assez scandaleux au regard du métier concerné …).

L'absence de vérification de l'aptitude à exercer une profession explique sans doute la raison de la polémique suscitée par la possibilité pour les étudiants de l'IEP de Paris qui ont la possibilité de s'inscrire à l'examen et ce sans avoir forcément eu une formation juridique appronfondie depuis la première année de formation dans l'enseignement supérieur.

  • Le mensonge du terme d'examen

En raison de capacité d'accueil limitée des écoles et d'absorption du marché du travail ensuite, la réalité est tout autre. L'examen d'accès aux écoles d'avocat se rapproche d'un concours, dont le nombre de reçus correspond plus ou moins au nombre de places dans les écoles.

Cet examen me semble donc davantage être partie intégrante d'un processus de régulation au sein de la profession.

Quelles évolutions sont souhaitables ?

Le principal défaut de cet examen, c'est son caractère local. Je trouve anormal qu'il n'y ait pas un examen national (comme pour le concours d'entrée à l'ENM).

Après, je trouve l'aspect examen tout à fait normal. Je suis totalement opposé à l'instauration d'un concours, ne serait-ce que par le mode d'exercice de la profession (un avocat n'est pas à la disposition de l'état).

1) Il est fondamental d'avoir un minimum de bases dans les matières choisies, sans quoi, le temps de préparation est beaucoup plus long : en plus de l'actualisation, il faut prévoir d'apprendre le cours… tout seul, c'est faisable (je l'ai fait en Droit International Privé) mais c'est vraiment galère … et parfois démotivant lorsque l'on est tout seul …
2) De part mon expérience, je trouve que selon si le sujet est un cas pratique ou uneun commentaire d'arrêt, la notation peut être très différente : je trouve beaucoup plus difficile d'avoir une note très haute lors d'un commentaire d'arrêt que d'un cas pratique)
articles/conseils_et_impressions_examen_acces_crfpa.txt · Dernière modification: 2007/12/14 12:46 par arno
Valid CSS Driven by DokuWiki do yourself a favour and use a real browser - get firefox!! Recent changes RSS feed Valid XHTML 1.0